Quand arrêter une stratégie
Écrire les conditions d'abandon AVANT de commencer. Sinon on trouve toujours une raison de continuer.
Mesuré chez nous — Chacun de nos robots porte des seuils d'arrêt enregistrés avant sa mise en service.
Une stratégie sans condition d'arrêt ne s'arrête jamais. Chaque mauvaise période trouve son explication, et l'explication arrive toujours au moment précis où l'on en a besoin.
« Les conditions de marché sont particulières. » « C'est un creux normal. » « Elle va se retourner. » Toutes ces phrases peuvent être vraies. Le problème est qu'elles sont toujours disponibles — donc elles ne portent aucune information.
Le seuil s'écrit avant
Pour la même raison que le stop : la décision est demandée au moment où l'on en est le moins capable. En plein creux, avec de l'argent en jeu, sous l'effet des biais du module de psychologie, l'évaluation est faussée — et elle l'est toujours dans le même sens.
Un seuil écrit à froid, chiffré, vérifiable sans interprétation, est le seul dispositif qui survive à ce moment-là.
Les quatre nombres à poser
Le nombre minimal d'opérations avant tout jugement. Il protège dans les deux sens : il empêche d'abandonner après cinq pertes, et il empêche de se déclarer gagnant après cinq gains. Il se calcule à partir du débit réel de la méthode, pas d'un vœu.
Le seuil de performance. Par exemple : R moyen inférieur à zéro sur les N dernières opérations, ou espérance non distinguable de zéro. Chiffré, pas « décevant ».
Le creux maximal tolérable. Il découle de ce que le creux mesuré valait en test, majoré — attends-toi à pire que le pire observé, parce que le pire observé n'est que le pire de ton échantillon.
La date de revue. Un rendez-vous fixe où l'on regarde les chiffres, qu'on en ait envie ou non.
⭐ Le seuil doit être atteignable
C'est la leçon qui nous a le plus coûté ici, et elle est contre-intuitive : un critère peut être défectueux par construction.
Un critère exigeait au moins 8 événements indépendants sur un instrument qui en produit environ 2,7 par période de 30 jours. Il ne pouvait pas être satisfait. Quand il a échoué, on a conclu que l'instrument ne valait rien — alors qu'il n'avait jamais été mesuré. Il n'avait pas échoué : il avait été affamé.
Le seuil doit donc venir du débit mesuré de l'instrument, pas d'une intuition sur ce qui ferait une preuve solide. Pour le filtre actuellement en production, le seuil de 30 opérations a été posé après avoir mesuré un débit d'environ 1,24 signal résolu par jour, soit ~37 attendus sur la fenêtre — 23 % de marge.
Et quand un critère se révèle défectueux, il ne se relâche pas. Ça s'est produit une fois ici : le critère a été enregistré comme défectueux et laissé tel quel. Un critère qu'on ajuste après avoir vu le résultat n'est plus un critère, c'est un commentaire.
⏸️ Échantillon insuffisant n'est pas un verdict
Si le nombre minimal d'opérations n'est pas atteint à la date de revue, il n'y a pas de verdict. On prolonge, et on l'écrit.
Déclarer morte une stratégie qui n'a pas été mesurée est exactement l'erreur ci-dessus. Le résultat correct est alors : « l'instrument a sous-livré, on continue » — pas « ça ne marche pas ».
Arrêter n'est pas jeter
Une stratégie arrêtée laisse des données, et ces données valent quelque chose. Ce projet conserve un registre de ce qui a été enterré avec le chiffre qui l'a tué : 17 techniques mesurées, 16 abandonnées.
Ce registre a une utilité directe : il empêche de reconstruire six mois plus tard, avec enthousiasme, une idée déjà mesurée morte. Sans lui, le même travail se refait — et le second essai a exactement autant de chances que le premier.
Contenu éducatif. Le trading comporte un risque significatif de perte en capital. Rien ici ne constitue un conseil financier ni une promesse de rendement.