Psychologie et discipline
Pourquoi un critère écrit AVANT vaut mieux qu'une conviction ressentie APRÈS.
La discipline n'est pas une force de caractère qu'on mobilise au moment critique. C'est une décision prise au moment facile, et rendue difficile à annuler.
Cette formulation contredit à peu près tout ce qu'on lit sur le sujet, et c'est elle qui structure l'ensemble de ce site.
Pourquoi la volonté est le mauvais outil
Le moment où une règle compte est exactement celui où l'on est le moins capable de l'appliquer : en perte, sous stress, avec de l'argent exposé et un écran qui bouge.
Compter sur la volonté à cet instant, c'est concevoir un système qui doit fonctionner précisément dans les conditions où il est prévu qu'il échoue. Aucun ingénieur n'accepterait ce raisonnement.
Ce qui fonctionne, c'est de retirer la décision du moment où elle est difficile. Un ordre stop déposé chez le courtier. Un critère chiffré écrit et daté. Un script qui exécute un verdict. Ce ne sont pas des outils techniques : ce sont des dispositifs psychologiques.
Ce qu'est un critère
Trois conditions : écrit avant de voir le résultat, chiffré, et vérifiable sans interprétation.
« Je sortirai si ça se dégrade » n'en est pas un — rien n'y est chiffré, et « se dégrader » se redéfinira selon ce qui arrange. « Je sors si le prix clôture sous 98 » en est un : il ne demande aucun jugement, il répond oui ou non, et il a été rédigé par quelqu'un qui n'avait pas encore d'argent en jeu.
Comment on l'applique ici
Le filtre en production a un critère de verdict en quatre conditions, écrit et daté avant le premier signal filtré, exécuté par un script à une date fixe. Personne ne l'interprète après coup. S'il est mauvais, il sera mauvais — la seule chose décidée d'avance, c'est ce qui compterait comme mauvais.
Et le dispositif a déjà coûté quelque chose. Un critère s'est révélé impossible à satisfaire compte tenu du nombre d'événements disponibles : il était défectueux par construction. Il aurait été facile de l'assouplir. Il a été enregistré comme défectueux et laissé tel quel. Un critère qu'on ajuste après avoir vu le résultat n'est plus un critère.
Les quatre biais qui reviennent le plus
L'aversion à la perte. Une perte fait environ deux fois plus mal qu'un gain équivalent ne fait plaisir. De là vient l'essentiel du reste.
Le biais de confirmation. Une fois en position, on ne cherche plus la vérité, on cherche à avoir raison — et on trouve toujours.
Le biais de survivance. On ne voit que ceux qui ont réussi. La seule défense connue est de publier ses échecs avec la même précision que ses succès : 17 techniques testées, 16 enterrées avec le chiffre qui les a tuées.
L'excès de confiance. Cinq gains d'affilée arrivent 5 % du temps avec un taux de réussite de 55 % — c'est-à-dire souvent. Ce n'est pas un signe de forme, et c'est pourtant le moment où l'on augmente la taille.
Aucun de ces quatre ne se corrige par la connaissance. On les lit, on les comprend, et on les subit à l'identique la fois suivante. Ce que la connaissance permet, c'est de prévoir qu'ils se déclencheront — et de préparer d'avance ce qui s'appliquera à leur place.
Le journal, dispositif central
Rien de tout ça n'est visible de l'intérieur, en direct. Tout est visible dans un tableau, un mois plus tard : le tilt par la fréquence et le délai entre trades, l'excès de confiance par la taille qui dérive, les stops reculés par l'écart entre les pertes réelles et les stops annoncés.
C'est le principe entier, à l'échelle d'une personne : écrire d'avance ce qui compte, pour que la mesure soit possible ensuite. Le journal est le mécanisme qui permet à la personne lucide de surveiller la personne exposée.
Contenu éducatif. Le trading comporte un risque significatif de perte en capital. Rien ici ne constitue un conseil financier ni une promesse de rendement.