Le ratio risque/rendement
Pourquoi un ratio de 3:1 avec 20 % de réussite bat un 1:1 avec 60 %.
Le ratio risque/rendement, c'est combien tu vises pour ce que tu risques. Tu risques 100 $ pour viser 300 $ : ratio 3:1, ou « 3R ».
C'est le chiffre le plus cité du trading, et probablement le plus mal utilise — parce qu'il ne veut rien dire tout seul.
Pourquoi il ne veut rien dire seul
Un ratio de 10:1 est trivial à obtenir : place ton objectif très loin. Tu l'atteindras rarement, mais quand ça arrivera ce sera gros. Un ratio de 0,5:1 est tout aussi facile : objectif très proche, touche presque toujours.
Les deux peuvent gagner, les deux peuvent perdre. Ce qui tranche, c'est le produit du ratio et du taux de réussite — et ces deux nombres bougent ensemble, en sens inverse. Plus l'objectif est loin, moins on l'atteint souvent. Il n'existe pas de réglage magique qui monte les deux.
Le seuil d'équilibre
Pour chaque ratio, il existe un taux de réussite minimal en dessous duquel tu perds :
Taux minimal = 1 / (1 + ratio)
| Ratio | Taux de réussite minimal |
|---|---|
| 1:1 | 50 % |
| 2:1 | 33,3 % |
| 3:1 | 25 % |
| 5:1 | 16,7 % |
Voilà le fait qui dérange : avec un ratio 3:1, tu peux te tromper trois fois sur quatre et gagner de l'argent. Et à l'inverse, un taux de réussite de 70 % — le chiffre que tout le monde met en avant — est perdant si le ratio est de 0,4:1.
C'est exactement pour ça que le « taux de réussite » affiche dans les publicités ne prouve rien. Il est trivial de le monter à 80 % : objectifs minuscules, stops énormes. La méthode perd, l'affiche est magnifique.
Les frais mangent le ratio par le bas
Le seuil ci-dessus suppose des frais nuls. Ils ne le sont jamais. Le spread, la commission et le glissement se soustraient de chaque trade, gagnant ou perdant, et leur poids relatif explose quand le ratio est petit.
Avec un objectif à 1R et des frais qui coûtent 0,1R, ton 1:1 devient un 0,9:1 : il te faut maintenant 52,6 % de réussite au lieu de 50 %. Avec un objectif à 5R, les mêmes frais te coûtent 2 % de ton gain. Les stratégies à petit ratio sont celles qui meurent des frais — c'est ce qu'on a mesure en tuant plusieurs techniques testées ici : elles étaient gagnantes sur le papier, perdantes une fois les coûts réels appliqués.
Le ratio prévu n'est pas le ratio réalisé
Il y a le ratio que tu annoncés en entrant, et celui que tu constates après coup. Ils diffèrent pour des raisons ordinaires :
Tu sors avant l'objectif parce que ça stagne. Tu sors en deux fois, moitié à 1,5R et moitié à 3R, ce qui donne 2,25R et non 3R. Ton stop se remplit plus loin que prévu. Le prix touche 2,9R et repart sans jamais déclencher ton objectif à 3R.
Chacun de ces événements est banal, et tous vont dans le même sens : le ratio réalisé est presque toujours plus bas que le ratio prévu. Un plan à 3:1 vécu comme un 2:1 reste bon ; un plan à 1,2:1 vécu comme un 0,9:1 ne l'est plus.
La conséquence pratique : ne juge jamais une méthode sur ses ratios annoncés. Juge-la sur ses R réalisés, mesures après frais, sur un échantillon assez grand pour que le chiffre veuille dire quelque chose. C'est ce que fait la leçon sur l'espérance mathématique.
Contenu éducatif. Le trading comporte un risque significatif de perte en capital. Rien ici ne constitue un conseil financier ni une promesse de rendement.